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    De Gaulle = Mendès

    mercredi 18 février 2015

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    L’édito de Jacques Cheminade

    Nous sommes en 1959. Je vois sur les murs de Paris « De Gaulle = Mendès ». Je ne comprends pas cette équation assimilant un homme de droite à un homme de gauche. Les « nationalistes » me disent que ce sont tous deux des bradeurs d’Empire. Je leur réponds que notre pays est une République et non un Empire, une certaine idée et non un territoire, et que c’est cette idée qui doit être défendue contre tout bradage.

    Aujourd’hui, encore plus qu’alors, le moment est venu de retrouver ce qui définit notre mission de patriote et citoyen du monde, et non de sujet adossé à ses possessions ou replié sur ses certitudes. S’abstenir reviendrait une fois de plus à collaborer avec ce qui porte les germes de la barbarie.

    J’y pensais en participant aux manifestations de soutien au peuple grec, les 11 et 15 février à Paris. Que faut-il de plus pour arrêter la machine infernale, que faut-il de plus pour transformer en force positive et organisée l’élan émotionnel du 11 janvier ?

    Dire d’abord que le roi est nu. C’est-à-dire montrer que la dette grecque n’est pas un cas particulier, une anomalie, mais la conséquence extrême d’un ordre financier destructeur pour tous. Le peuple grec n’a bénéficié que très marginalement des crédits accordés, ce sont les financiers prédateurs qui ont détourné les fonds à leur profit, avec la collaboration d’une oligarchie qui acquérait des armes pour le compte de l’OTAN. Le peuple grec s’est vu infliger une souffrance inouïe, comme les peuples argentin, serbe ou africains, sur lesquels se sont abattus les vautours financiers et les trafiquants de toute espèce. C’est le système de la City et de Wall Street qui en est la cause, la finance folle et non les folles dépenses des Grecs pris au piège de la corruption. Si nous n’arrêtons pas ce système, ce sera bientôt le tour, avec ou sans euro, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, puis le nôtre.

    Il faut ensuite montrer aux Français que ce système conduit à la guerre. Il ne peut en effet assurer un avenir car il fait prévaloir le gain immédiat sur l’équipement de l’homme et de la nature. Il perd donc à la fois sa base économique réelle et sa base sociale, tandis que son château de fausses cartes menace de s’effondrer à tout instant. Aux abois, il recourt au chantage militaire pour conserver son pouvoir, ce qui explique la marche de l’OTAN vers l’Est. Sans canal régulier de communication entre Obama et Poutine, comme il en existait entre dirigeants russes et américains pendant la Guerre froide.

    La peur de la guerre ne suffit cependant plus à réveiller des hommes et des femmes enfumés par une idéologie de la possession et de la cupidité. Il faut leur dire, et c’est la dimension qui manquait dans les manifestations de Paris, qu’une stratégie de paix est désormais possible. C’est la résistance des pays membres des BRICS et leurs projets de développement économique mutuel qui nous en offrent l’occasion.

    Se joindre à leur élan suppose de rétablir chez nous un sens de l’Etat et du service public, comme entend le faire en Grèce l’alliance de Syriza et des Grecs indépendants. Ici revient l’équation « De Gaulle = Mendès » de mon adolescence.

    Car tous deux partageaient la conviction du gouvernement grec actuel. De Gaulle l’exprime dans ses discours sur « l’économie dirigée » du 12 septembre 1944 au Palais de Chaillot et du 1er octobre 1944 à Lille, Mendès-France, dans le chapitre VI de sa République moderne .

    Oui, il faut revenir à ce type d’entente sur l’essentiel pour retrouver notre récit national et effacer quarante années de trahison. Quiconque n’a pas revécu en lui-même ce moment où De Gaulle part à Londres, où Jean Moulin saute en parachute vers le sol de France et où Jeanne d’Arc répond à ses bourreaux « Dieu premier servi » n’est pas prêt à une aventure qui le transcende. Ma plus profonde conviction est que le peuple français, comme le peuple grec, peut se transcender.


    L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité.