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    En finir avec l’oligarchie

    mercredi 2 juillet 2014

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    L’édito de Jacques Cheminade

    Le système « libéral » dominant le monde depuis plus de quarante ans atteint son point de rupture. Le signe sur le mur de la caverne économique est le redémarrage de l’émission de produits financiers dérivés : + 20 % en rythme annuel en mars 2014, selon la Banque des règlements internationaux, le total dépassant désormais le niveau d’avant la crise de 2007-2008. La guerre inhumaine entre chiites et sunnites, qui embrase de proche en proche le Moyen-Orient, et la guerre civile en Ukraine sont, elles, les marqueurs du règne prédateur de l’oligarchie financière.

    Le moment est donc venu de trancher. Ou bien on continue comme on va et l’oligarchie devra recourir à une austérité chaque fois plus destructrice et bientôt à une guerre généralisée. Ou bien nous nous mobilisons pour un projet de « détente, d’entente et de coopération » entre les peuples redonnant à l’humanité un avenir. L’enjeu est là. La bonne nouvelle est qu’un sursaut se dessine dans le monde.

    L’Argentine refuse de se soumettre aux conditions des fonds vautour financiers et de la Cour suprême américaine, et elle est soutenue par tous les membres de l’Organisation des Etats américains, à l’exception des Etats-Unis. La vie d’une nation et d’un peuple passe ici avant le remboursement d’une dette caricaturalement illégitime.

    Aux Etats-Unis, les actions se multiplient contre les viols de la Constitution par le président Obama. Des procédures de destitution se préparent. Ceux qui n’étaient pas parvenus à mettre à bas George W Bush et Dick Cheney se mobilisent contre leur successeur. Tout le monde sait là-bas que les crimes commis par Obama sont bien plus graves que ceux commis par le président Nixon au moment du Watergate. Il ne manque plus qu’un représentant courageux pour entamer la procédure. Après Obama, disent certains, cela pourrait être encore pire. Non, parce que le pire est déjà devant nos yeux, alors que la chute d’Obama rouvrirait la porte au rétablissement de la loi Glass-Steagall de séparation bancaire, organisant la faillite de Wall Street et portant ainsi un coup fatal à l’oligarchie.

    La Chine, de son côté, prépare des investissements massifs et lance pour cela une Banque asiatique pour l’investissement infrastructurel (AIIB), nouveau « canal financier pour les pays en développement ». A une échelle moindre mais significative, un fonds franco-chinois doté de 500 millions d’euros va investir dans les entreprises de taille moyenne dans les deux pays.

    En Ukraine, Merkel, Hollande, Poutine et Porochenko s’efforcent de calmer le jeu en établissant une ligne de communication relativement indépendante de Cameron et d’Obama.

    Par rapport au caractère décisif de ce grand jeu, la France n’a, hélas, pas de stratégie. On y attaque l’Etat, les régions, les communes et le travail humain en épargnant nos quatre grandes banques et leurs associés du CAC 40, cœur de la rente et complices plus ou moins consentants de l’oligarchie anglo-américaine. Ce n’est pas ainsi que l’on peut se constituer une base de résistance pour un projet cohérent et ambitieux ! Les « frondeurs » socialistes, au lieu de combattre l’ennemi principal, ne proposent que de limiter la baisse des charges promise aux entreprises en redistribuant davantage aux ménages, à l’emploi et à l’investissement public local. Réunis à Bellerive-sur-Allier, les « socialistes anti-austérité » ne savent qu’appeler à une majorité « rose-rouge-verte ». Sans autre substance qu’une volonté de bien faire, ils n’ouvrent pas les mâchoires du piège. Il est vrai qu’un François Fillon propose de les refermer encore davantage, en se réclamant de Thatcher et de Schröder ! Il dit que de Gaulle était un libéral, et le plus grave est que sans doute il le croit.

    Il est temps de penser à l’avenir, c’est-à-dire « au pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde ».


    L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité.