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    Engagés ou complices

    mardi 8 avril 2014

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    L’édito de Jacques Cheminade

    Voici venu le moment de donner le meilleur de nous-mêmes pour le bien commun et l’avantage des générations futures. Ne pas le faire, ne pas s’engager en politique revient à nous rendre complices de la destruction en cours.

    Le pire est la distorsion entre l’économie spéculative et l’économie réelle. Le monde de l’argent est devenu prédateur de la production et de la consommation, et plus encore de toute vie sociale. D’un côté, la capitalisation boursière américaine s’élève à 145 % du produit intérieur brut du pays, soit deux fois plus que le dernier record de mars 2000. De l’autre, près de 50 millions d’Américains vivent de l’aide alimentaire et les services publics et sociaux des grandes villes sont massacrés. Détroit est un cas extrême, mais il est loin d’être le seul.

    En quoi cela concerne la France, diront certains qui n’ont même pas la curiosité d’aller voir la souffrance de ce pays qu’ont parcouru Axel Kahn et Jean Lassalle. Eh bien, la France, notre France, est un pays où la pauvreté rurale atteint des proportions insupportables (en Corse, en Languedoc-Roussillon, dans le Nord-Pas-de-Calais) et où le RSA n’est plus un revenu accordé dans l’attente d’un emploi, mais de quoi survivre. La France est un pays où deux petits patrons se suicident chaque jour, un agriculteur tous les deux jours et où même Orange et Bercy ne sont pas épargnés. Les chiffres du chômage reflètent un gâchis humain sans précédent depuis 1945. Les jeunes Français de moins de trente ans s’écrient, comme Monique Dagnaud le rapporte sur Slate : « De toutes façons, il n’y a plus de conquêtes sociales à venir, on nous l’a assez martelé. Il n’y a plus que de la perte. Moins de sécurité, moins de salaire, moins de travail, moins de droits, moins de tout… »

    Le gouvernement socialiste s’efforce de colorier en rose ce déclin sans s’attaquer à sa cause : le comportement de nos quatre grandes banques universelles et des sociétés du CAC40, opérant avec le soutien des fonctionnaires du Trésor. Quant à la droite, elle propose encore plus d’austérité. Ainsi un François Baroin peut écrire dans le Journal du dimanche du 29 décembre 2013 : « L’idéal serait de réduire de 12 % notre coût du travail. » Et un Bruno Le Maire voudrait « aller plus loin en matière de réduction des dépenses ». Ils préconisent ainsi une saignée pour les malades et du caviar monétaire pour les obèses financiers ! Quant à Marine Le Pen, elle promet de rembourser les dettes illégitimes comme les autres, ce qui explique l’amitié soudaine des médias à son égard. Jean-Luc Mélenchon, pour sa part, a « une prédilection pour les techniques les plus rustiques (…) : une centrale de géothermie profonde, c’est surtout un trou dans la terre… L’avenir désirable, pour le Parti de gauche, c’est de convaincre que nous avons raison de vouloir sortir du nucléaire. » Tant d’ignorance sur les moyens nécessaires à se donner pour pouvoir assurer la justice sociale confond.

    Il est vrai que Bruxelles fait encore bien pire. Non seulement le directeur général du Commerce à la Commission négocie, sans rendre pratiquement de comptes à personne, un Traité de libre-échange transatlantique qui serait désastreux pour l’économie de tous et nous ferait perdre tous les moyens concrets d’exercer notre souveraineté nationale, mais le système européen de comptabilité nationale demande à tous les membres de l’Union de tenir compte du chiffre d’affaires de la drogue et de la prostitution, afin de « rendre les chiffres des PIB plus réalistes ». Là c’est le sommeil de la raison qui engendre des monstres !

    Il est plus que temps de réagir. Il faut dire haut et fort que ces politiques sont contraires au Préambule de notre Constitution et nous battre pour que ses principes économiques et sociaux soient respectés. Impossible ? Mais alors il faut accepter de n’être plus humain.


    L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité.