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    Hommes humains

    mercredi 1er janvier 2014

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    L’édito de Jacques Cheminade

    Le 29 juillet 1914, la voix de Jean Jaurès s’élève à Bruxelles : « Hommes humains de tous les pays, voilà l’œuvre de paix et de justice que nous devons accomplir. » Aujourd’hui, en ce centième anniversaire de son assassinat et de la Grande guerre, de semblables périls sont devant nous et une immense majorité des populations en est tout aussi inconsciente. Notre engagement est de faire face à ces périls et de nous battre pour un dessein qui puisse les conjurer, sans nous laisser détourner de ce combat.

    « Hommes humains » signifiait pour Jaurès que ses contemporains s’apprêtaient à ne plus l’être. A quoi se réfère donc son appel à l’humanité en l’homme ? Non pas à un bon droit reposant sur la force, sur le service rendu à ses amis et l’élimination de ses ennemis ou sur le respect d’opinions toutes faites, mais sur cette capacité de connaître, de découvrir et de créer que tout homme porte en lui et que nous devons éveiller pour le bien commun, par un projet de développement mutuel. Cela, hier comme aujourd’hui, s’appelle paix, solidarité et progrès.

    Les périls sont bien là. Le système monétaire international s’effondre. L’Europe de l’euro se détruit elle-même. Le compromis sur « l’union bancaire », passé aux forceps par les ministres des Finances européens, n’est qu’une usine à gaz bureaucratique. Aucune idée de solidarité ne l’anime : tous étant incapables de rompre avec un ordre moribond, les uns cherchent à faire payer les autres, qui ne le veulent pas. Aucun n’a voulu prendre le taureau par les cornes et imposer une séparation stricte des activités bancaires pour faire sauter le garrot financier. Tous imposent une austérité destructrice à leurs peuples. La Grèce est mise à genoux et au Portugal, chaque euro de déficit « économisé » se traduit par une perte de 1,25 euro du produit intérieur brut et une augmentation de 8,76 euro de la dette. La logique de l’Allemagne de Weimar est en place. Les responsables de l’économie sont des hommes qui n’ont plus rien de proprement humain.

    Le directeur général du commerce à la Commission européenne négocie avec les Etats-Unis un accord de partenariat transatlantique qui conjugue le libre-échangisme le plus fou et la libéralisation financière la plus débridée. Les pays « émergents », qui ont représenté entre 2008 et 2013, 88 % de la croissance mondiale, subissent un retrait massif de capitaux pour des raisons purement spéculatives. Leurs monnaies et leurs marchés financiers s’effondrent. Les serviteurs de l’oligarchie jouent avec les taux d’intérêt et les taux de change comme des adolescents sur des consoles de jeu vidéo. Dans ce contexte, le salut commun est impossible.

    Ainsi, une fois de plus, les nuées de l’oligarchie financière portent l’orage de la guerre. Le monde transatlantique fonctionne de fait dans une logique de dépopulation puisqu’il ne peut assurer d’avenir à ses peuples. La bonne nouvelle est que la Russie, la Chine et les pays d’Asie résistent, avec des projets de développement mutuel et de nouvelles routes de la soie. La mauvaise est que personne n’a une culture réellement prométhéenne du développement humain.

    Notre pays fait de l’Arabie saoudite son « partenaire de référence » , constate son incapacité à Bangui et crée, avec l’article 20 de la loi de programmation militaire, la possibilité de pénétrer dans la vie privée de tout citoyen sans le contrôle a priori d’un juge. L’opposition propose une politique de « réduction du coût du travail » pire que celle d’un gouvernement qui se ment à lui-même sur le chômage. La presse titre sur les quenelles. Les Femen s’exhibent à la Madeleine. Nous vivons dans l’enfumage.

    Notre mission, à l’orée de cette année 2014, est de dissiper ces fumées malsaines et d’offrir une culture de la vie et de la découverte qui rende les Hommes humains pour, cette fois, échapper à la guerre.


    L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité.