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    Notre France

    mardi 5 mai 2015

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    L’édito de Jacques Cheminade

    Une nation n’a de sens que si elle sert la cause de l’humanité et inspire le progrès spirituel et matériel au sein et au delà d’elle-même. Nous en sommes aujourd’hui très loin car nous ne portons plus de grand dessein de transformation sociale. Nous nous adaptons à un ordre de plus en plus injuste comme s’il n’y en avait pas d’autre. Le peuple de France, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas les bobos profiteurs installés dans les métropoles, ne croit plus à l’État, ne croit plus à l’Europe et ne croit pas davantage au pacte d’égalité fondateur de notre République ni à celui que nous avons conclu avec la liberté du monde. La fraternité est, elle, réduite à la communauté familiale, religieuse ou d’origine territoriale. « On n’a même plus le droit d’être des consommateurs », entend-on dire de plus en plus.

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    La Une du dernier Nouvelle Solidarité

    Il s’est installé à la fois un libéralisme prédateur et un socialisme d’assistanat. Au nom du premier, toutes les grandes banques et les grands groupes ont été privatisés et au nom du second, on a transformé un État privé de gouvernail économique en Samu social, épongeant par le crédit et les aides les conséquences destructrices du premier. On est arrivé aujourd’hui au bout de ce « modèle » hybride qui se mord la queue. Économiquement, car il nous a menés à une accumulation de bulles financières sans créer de croissance. Politiquement, car 89 % des Français ne respectent plus leurs hommes politiques. Militairement, car les intérêts financiers aux abois se livrent au chantage de leurs armes. La Une de ce journal pourra vous choquer, mais ces cadavres d’émigrés échoués sur une plage sont l’image réelle du naufrage d’une Europe qui ne sert plus le monde ni elle-même.

    Alors ? Alors arrêtons de nous complaire dans un pessimisme impuissant ! La France ne peut être ce qu’elle devient actuellement. Nous devons nous mobiliser face au péril, extérieur et intérieur. Comment est-ce possible que les trois candidats qui se dessinent pour la présidentielle de 2017 soient François Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, les deux gérants du système et sa roue de secours ? Disons-le tout haut : François Hollande tourne le dos au peuple, Nicolas Sarkozy l’égare et Marine Le Pen le divise. Alors rejetons ces plats mal réchauffés ! Passons à autre chose, car au nom de notre avenir autre chose est possible, si nous le voulons bien.

    Voyons Alain Juppé. Outre qu’il va chercher ses moyens à New York et à Londres, son programme est tout à fait conforme aux souhaits des sources où il entend s’abreuver. Par exemple, inscrire dans la Constitution l’interdiction de dépasser le seuil de 50 % pour les dépenses publiques et renforcer les moyens donnés à Frontex pour arrêter l’immigration : en temps normal, un programme de droite conservateur, dans les circonstances actuelles, une autre forme de soumission à l’oligarchie financière. Voyons les autres : aucun ne propose de projet mobilisateur, de vraie utopie réfléchie et positive, de combat en trouvant des alliés pour le mener.

    C’est ici notre différence. La France doit se transformer dans un monde qui se transforme. Nous devons saisir l’occasion de nous joindre à la dynamique des BRICS, non par conviction géopolitique mais pour participer à un monde nouveau en développement mutuel. Ce monde est notre chance de sortir du piège atlantiste de l’oligarchie et de retrouver une culture de la découverte et de la vie. Non plus de naufragés sur les plages, non plus de criminels financiers sans bottes ni swastikas mais nous conduisant à la destruction mutuelle, non plus d’âmes mortes dans les bureaux, mais d’enfants retrouvant leur droit à un futur. Les grands projets d’infrastructures sont nécessaires à ce grand dessein. La France doit y participer pour redevenir le phare et, oserais-je dire, l’emmerdeuse du monde. De Gaulle et la Résistance surent, après tout, occuper en 1945 une place à la table des vainqueurs.


    L’édito de Jacques Cheminade est publié tous les 15 jours dans le journal Nouvelle Solidarité.