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    Quitter la nef des fous

    mercredi 9 septembre 2015

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    Au sein du brouillard idéologique et moral dont nous nous sommes laissé envelopper, les Etats démantèlent progressivement les lois et les règles organisant notre vie. Les experts, nous dit-on, pourraient continuer à sauver la compétitivité du système monétaire et financier en démembrant le code du travail, en réduisant les dépenses publiques et en modérant les salaires. Les pays et les individus endettés incapables de rembourser leurs dettes se verraient accorder des prêts pour cela : on les désendetterait en les endettant encore davantage ! Folie financière ? C’est exactement ce qu’on fait à la Grèce et à nos agriculteurs !

    Pour recouvrer la raison économique, il faut d’abord comprendre que l’effondrement du système est inéluctable. On l’a souvent répété, nous dira-t-on, et la chute finale ne s’est toujours pas produite. C’est parce qu’on voit l’effondrement comme une catastrophe de série vidéo, un événement unique et spectaculaire se produisant en un jour de Bourse, et non comme l’étranglement inéluctable d’un garrot menant peu à peu la victime à sa perte.

    Nous vivons ce que les économistes appellent un « moment Minsky ». Les pyramides de crédit émis ayant créé de moins en moins de richesse, le volume de la dette est devenu tel que le rendement des actifs existants est insuffisant pour rembourser les intérêts de cette même dette, contractée pour acquérir ces mêmes actifs ! Sans parler du capital... L’économie de marché – en fait, la dictature financière d’une oligarchie – n’a ainsi plus aucune carte à jouer, sauf à abolir l’apparence de démocratie qui nous reste. 

    «L'oligarchie n'a plus aucune carte à jouer.»

    Le total de la dette mondiale atteint 240 % de la somme des produits intérieurs bruts (PIB) de tous les pays. Les produits financiers dérivés, des paris sur les prix futurs de tout, s’élèvent à plus de dix fois ce PIB, et si on leur ajoute les autres instruments financiers, on dépasse les vingt fois. Les taux d’intérêt, déjà proches de zéro partout, ne laissent plus aucun moyen de stimulation monétaire au sein du système. Ces actifs sont ainsi en état de lévitation, surévalués, tout en entretenant des bulles à la fois dans les secteurs de l’immobilier, des actions et des obligations. Les Etats n’ont plus d’argent pour renflouer – on ne peut en créer continuellement sans susciter de croissance – et les opérateurs de marché ont atteint le taux de liquidité le plus bas de leur histoire. Les investisseurs américains ont récemment emprunté 507,2 milliards de dollars pour continuer à acheter des actions à crédit, contre un équivalent de seulement 182 milliards début 2009.

    La folie s’est manifestée la semaine dernière quand Mario Draghi a promis de maintenir après septembre 2016 le rachat de 60 milliards d’euros d’actifs chaque mois sur les marchés, déclarant qu’ « il n’y a pas de limites particulières aux possibilités qu’a la Banque centrale européenne de passer à une vitesse supérieure en matière de politique monétaire » . Avec cette promesse d’ouverture sans fin du robinet à liquidités, les marchés européens se sont envolés d’environ 2 % le matin... pour chuter aussitôt de près de 3 % dès l’après-midi, après la publication de « bonnes statistiques de l’emploi » aux Etats-Unis, car la Réserve fédérale pourrait en tirer argument pour élever les taux d’intérêt, limitant dès lors la capacité d’emprunter ! Des joueurs fous, autour de la table de l’économie mondiale, jouent ainsi contre l’économie. Les dealers de crédit qui émettent de la fausse monnaie sans créer de richesse réelle sont devenus des morts vivants, pareils à des personnages de Games of Throne .

    Séparation bancaire, Glass-Steagall global, reprise du contrôle du crédit pour produire tout ce qui est nécessaire au bien commun et aux générations futures, politique gagnant/gagnant avec les BRICS : c’est cela l’enjeu réel de nos existences futures. Car la nef des fous porte, elle, une culture de la mort.