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    Snowden/Bolivie : La France doit cesser de se soumettre à l’administration Obama

    jeudi 4 juillet 2013

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    Déclaration de Jacques Cheminade

    Paris, le 4 juillet 2013 – Au cours de ma campagne présidentielle, de nombreux journalistes m’ont constamment accusé, avec des airs entendus, d’avoir collé une moustache sur le visage de Barack Obama. [1] En fait, ce sont mes amis américains qui l’avaient fait et si je les soutenais totalement, c’était pour dénoncer la soumission de la politique française à l’Empire de la City et de Wall Street, relayée par les gouvernements de Londres et de Washington. Je craignais que cette soumission continue, quel que soit notre nouveau Président.

    Le refus de notre gouvernement d’autoriser le survol de notre territoire par l’avion transportant le président bolivien Evo Morales confirme malheureusement mes craintes. Comme l’Italie, le Portugal et l’Espagne, nous nous sommes empressés d’obtempérer aux ordres de la Maison Blanche. L’ambassadeur de la Bolivie auprès des Nations unies a eu raison de l’affirmer. En agissant ainsi, nous avons non seulement violé les principes du droit international et bafoué la souveraineté nationale d’un Etat, mais aussi mis en péril la vie de son Président, en contraignant son avion à un atterrissage d’urgence dans un pays qui a bien voulu l’accueillir. Le prétexte de notre décision était la présence supposée à bord d’Edward Snowden, le « lanceur d’alerte » américain. Or, d’une part celui-ci ne s’y trouvait pas et de l’autre, il faudrait réaliser une fois pour toutes que nous ne sommes plus au temps où Guy Mollet faisait intercepter en vol l’avion transportant M. Ben Bella et les principaux dirigeants du FLN. Du moins avait-on alors le motif de faire face à un soulèvement armé contre une partie de notre territoire, et non comme aujourd’hui celui d’obéir à un chef d’Etat étranger qui nous espionne.

    La réalité est que ce gouvernement joue pour le moins un double jeu. D’une part, le président de la République dénonce la manière dont le NSA américain nous espionne et d’autre part, il collabore avec lui pour capturer le lanceur d’alerte qui a dénoncé cet espionnage ! Il se trouve que je connais l’avocat du père d’Edward Snowden, Bruce Fein. Je partage sa dénonciation des constantes atteintes portées à la Constitution américaine par Barack Obama. La section 215 du Patriot Act et la section 702 du Foreign Surveillance Act, qui justifient un espionnage tous azimuts, sont de fait contraires à l’esprit et la règle de la Constitution américaine et en particulier à son Préambule. Obama a, de plus, lancé ses opérations militaires en Libye et livré des armes aux rebelles syriens sans consulter le Congrès de son pays, ce qui est anticonstitutionnel, et s’est arrogé des pouvoirs personnels de vie ou de mort par un recours sans précédent aux drones de combat. Voilà donc une moustache qui se met à grandir !

    Evo Morales, lors de sa conférence de presse à Vienne, a eu raison de dénoncer « un prétexte pour nous intimider et nous réduire au silence, pour empêcher notre combat contre les politiques économiques de pillage, de domination et d’intervention ».

    Dans les circonstances actuelles, nous devons donner des signes forts que nous ne nous soumettons pas. Nous devons dire haut et fort que le Patriot Act ne s’applique pas chez nous. Nous devons nous retirer, seuls s’il le faut, de la négociation du Traité de libre-échange entre l’Union européenne et les Etats-Unis (TTIP). Nous devons exiger la négociation immédiate de dispositions internationales protégeant les lanceurs d’alerte, en particulier Edward Snowden. Nous devons, au cœur du système, porter atteinte au conglomérat d’intérêts financiers qui constituent l’Empire de la City et de Wall Street en faisant voter, chez nous, une vraie loi de séparation bancaire, telle que Solidarité et Progrès l’a proposée.

    Faute de cela, on pourra comparer François Hollande à Guy Mollet, en pire, non pas en tant qu’individu, mais parce que le défi est aujourd’hui à l’échelle du monde. La démocratie républicaine ne se négocie pas.